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Jean-Pierre Chaussade a animé le samedi 8 janvier un débat sur les déchets nucléaires à Poissons. Diacre et spécialiste des questions d’écologie et d’environnement auprès d’un groupe de travail épiscopal présidé par l’évêque de Troyes, il donne son point de vue sur l’épineuse question des déchets nucléaires, dont la Haute-Marne pourrait un jour hériter.
-Voix de la Haute-Marne.- Comment l’Église aborde les problèmes d’environnement en général ?
Jean-Pierre Chaussade.- Le groupe de travail que j’anime, “Environnement et écologie”, permet d’aider les évêques qui y participent à mener une réflexion sur le sujet. La crise écologique de quoi s’agit-il ? Le développement durable ou le nucléaire sont des sujets de société que l’église n’ignore pas. L’ensemble des évêques y travaillent. Depuis Paul VI, il y a un engagement nécessaire des chrétiens sur ces questions. Elles débouchent souvent sur des problèmes éthiques qui se résument à savoir comment on doit se comporter face à la création, la préservation de la planète et son respect.
-Et dans tout cela, quel est votre rôle ?
Il y a deux aspects. Nous essayons de nous emparer des sujets sur l’environnement pour comprendre quel regard chrétien peut se développer. D’autre part, nous rendons compte aux évêques de nos travaux. Ce sont des questions qui ne concernent pas seulement les chrétiens, tout le monde est concerné.
-L’Église a-t-elle une position officielle sur le nucléaire ?
Il n’y a pas de position officielle sur le nucléaire civil, seulement sur le nucléaire militaire. L’Église prône une politique de désarmement du nucléaire militaire. En ce qui concerne le nucléaire civil, l’Église n’est pas décideur mais écoute les uns et les autres sur certaines préoccupations.
-Comme pour les déchets nucléaires…
C’est un sujet technique. Ce qui intéresse le groupe, c’est comment on peut favoriser le dialogue pour sortir de l’affrontement. Il ne faut pas être naïf sur ce sujet mais ce que nous souhaitons, c’est que soit toujours pris en considération la position de celui qui ne pense pas comme nous. Par exemple, si l’Andra ne répond pas facilement, cela veut dire que le dialogue est difficile. On peut se poser la question de savoir si l’Andra fait tout ce qu’il faut pour communiquer les bonnes informations comme on peut se demander si les opposants recherchent vraiment la vérité et les solutions au problème des déchets. En fait, ce débat est scientifique et ne relève pas de la morale, si c’était éthique l’Église se prononcerait.
Mais ne faut-il pas appliquer le principe de précaution quand on ne sait pas comment les choses peuvent évoluer ? Le principe de précaution, ce n’est pas : « je ne fais rien ». Il faut que les choses avancent et en toute sécurité. Il faut s’appuyer sur les débats publics et sur des avis indépendants comme celui de la Commission nationale d’évaluation (CNE). Ce sont ces éléments qui alimentent le débat.
-Mais selon vous, l’enfouissement des déchets est-il l’unique solution ?
Je ne dis pas que c’est la solution unique, il faut que tous les avis soient pris en considération. L’Église ne se prononcera pas pour telle ou telle solution. Ce qui nous intéresse, c’est le processus démocratique.
-Etes-vous pour un référendum national sur ce sujet national ?
Je ne suis pas pour le referendum mais pour le débat public qui est une phase participative. Après, ce sera à la représentation nationale à se prononcer.
-L’argent qui coule à flot au titre de l’accompagnement économique, fausse-t-il le débat ?
Si on a la certitude que cela apporte une pollution, ce projet n’est pas acceptable mais ce n’est pas ça. Une région qui accepte de recevoir les déchets nucléaires, ce n’est que justice qu’il y ait des retombées positives. Je ne vois pas les élus accepter ce genre de dossier s’il y avait des risques importants. EDF et les producteurs de déchets doivent apporter leur contribution.
Propos recueillis par
Bertrand Puysségur
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